csa-be.org

Aide alimentaire au Burundi et faiblesse du budget agricole ou comment décourager les agriculteurs burundais

Les organisations de producteurs agricoles du Burundi s’adressent au Gouvernement

Alex Danau, 16 octobre 2010
Mots-clés:

PREAMBULE
PREOCCUPATIONS MAJEURES
RECOMMANDATIONS

PREAMBULE

Le secteur agricole fait vivre plus de 90% de la population, participe à plus de 50% du PIB et procure au pays plus de 80% des recettes d’exportation. Comme on ne se développe qu’à partir de ce qu’on a, la priorité du secteur se passe de tout commentaire.

Les organisations de producteurs agricoles apprécient la concertation des donateurs du secteur agricole en vue d’une efficacité de l’aide conformément au prescris de la Déclaration de Paris mais regrettent que beaucoup de principes et valeurs promus à travers les engagements internationaux et les stratégies nationales tardent à être traduits dans la pratique.

En outre, les organisations de producteurs agricoles notent avec satisfaction que le gouvernement a souscrit à des engagements internationaux afin de prendre des mesures concrètes et efficaces pour alléger la souffrance de la population.

Les engagements pris à travers les diverses déclarations participent à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement dont le principal est de « réduire de moitié entre 1990 et 2015, la proportion des personnes qui souffrent de la faim, mesurée en termes de proportion d’enfants de moins de cinq ans ayant un poids insuffisant ».

A l’instar de la Déclaration de Paris, la Déclaration de Maputo sur l’Agriculture et la sécurité alimentaire arrêtée lors de la session ordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement tenu à Maputo du 10-12 juillet 2003, revient sur l’importance de la participation mais apporte une innovation historique en engageant dans sa résolution 3 les pays signataires à consacrer au moins 10% du budget national à la mise en œuvre de leurs politiques agricoles.

PREOCCUPATIONS MAJEURES


Les producteurs burundais font face à beaucoup de problèmes dont les principaux sont regroupés dans les 7 préoccupations majeures suivantes :

1. Le financement agricole

Il a été noté que le budget de 3,6% alloué au secteur agricole est de loin inférieur à celui prévu dans les engagements de MAPUTO. Les organisations de producteurs déplorent en outre que même les maigres financements alloués au secteur ne soient pas utilisés et s’interrogent sur les déficits institutionnels à l’origine de cette situation.
Les autres problèmes liés au financement du secteur sont les suivants : l’absence des produits financiers adaptés aux petits exploitants, le taux d’intérêts très élevé et la garantie exigée par les micro finances et banques, l’absence des banques agricoles, etc.

2. Le Rôle et la place du mouvement paysan dans le développement

Les organisations de producteurs agricoles relèvent que le mouvement paysan n’est pas suffisamment accompagné par le pouvoir public. Par ailleurs, il n’existe pas de cadre légal approprié des organisations des producteurs agricoles au Burundi.

3. L’accès aux intrants (engrais et semences)

Les principaux problèmes identifiés par les organisations de producteurs agricoles sont les suivants : la non disponibilité des intrants agricole et d’élevage en qualité et en quantité suffisante et à temps, les taxes élevées sur l’importation des intrants, le non contrôle de la qualité des intrants distribués au niveau local, la non maîtrise de l’utilisation des intrants, le coût élevé des intrants et le faible pouvoir d’achat des producteurs agricoles, le manque de cartes pédologiques actualisées.

4. La sécurisation foncière

Sous ce point les participants tiennent à mettre en exergue les problèmes suivants : les politiques foncières viennent d’en haut et ne tiennent pas compte des aspirations des producteurs agricoles, l’obtention des titres fonciers suit de longues procédures parfois budgétivores ; l’expropriation des concessions des pauvres au profit des riches et firmes internationales.

5. L’adhésion des parties prenantes

Les organisations relèvent que quasiment toutes les stratégies sont plutôt orientatives et dressent une liste de desiderata, de propositions d’idées et de projets sans concertation préalable de toutes les parties prenantes y compris les organisations de producteurs agricoles. Elles ne pourront dès lors réussir que si elles reflètent une ambition commune et une vision à long terme du développement durable avec des objectifs clairement identifiés.

6. La Gouvernance institutionnelle dans les Ministères de tutelle

Les organisations des producteurs notent qu’il subsiste une insuffisance d’engagement politique à haut niveau et des institutions influentes pour conduire le processus de modernisation du secteur agricole. Il y a entre autre une déficience des structures de gouvernance et une insuffisance de capacités d’encadrement du monde rural.

7. L’aide alimentaire non contrôlée

En date du 24 Novembre 2009, un Accord de don n°0961190 pour le Projet de l’aide alimentaire entre l’Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA) et le Gouvernement du Burundi a été signé. A travers cet Accord, la JICA s’est engagé à mettre à la disposition du Gouvernement du Burundi un montant de quatre cents cinquante millions de Yens japonais (¥ 450.000.000) [1] à titre de don. En son article 3, il est stipulé que le don et son intérêt couru seront utilisés par le Gouvernement de la République du Burundi correctement et uniquement pour l’achat des produits et des services ainsi que pour les frais nécessaires pour la mise en œuvre du Projet, tels que : (a) du riz produit aux Etats Unis d’Amérique, en Australie, en République Populaire de Chine, au Japon, au Royaume de Thaïlande et/ou en République Socialiste du Viêt-Nam et les services nécessaires pour l’approvisionnement ; (b) des services nécessaires pour le transport des produits jusqu’en République du Burundi et des services nécessaires pour le transport intérieur ; et (c) des frais d’agent nécessaires pour l’emploi d’un agent indépendant et compétent pour agir au nom du Gouvernement de la République du Burundi.

Cette aide intervient au moment où des efforts sont déployés à travers le pays pour améliorer la sécurité alimentaire de la population par augmentation de la production vivrière, notamment par la riziculture.
En définitive, sur le plan agricole, cette aide alimentaire aura des conséquentes néfastes sur le secteur agricole, notamment :
- La récolte de 2009-2010 d’environ 75 000 Tonnes déjà pénalisée par une chute de revenu chez les paysans de 10 875 000 000 BIF (soit 145 BIF/Kg de perte), risque de voire cette perte s’approfondir ;
- Avec la mévente et les pertes de revenus, les paysans déjà surendettés n’auront ni les moyens ni la motivation pour réinvestir avec possibilité d’abandon de la culture ;
- Le risque de banqueroute de la seule banque de développement économique (la BNDE) qui prenait le risque de financer les campagnes riz. Cette dernière se retrouve actuellement avec une créance d’environ 3 000 000 000 BIF non remboursé ;
- Les investissements consentis par les principaux bailleurs de fonds (Union Européenne, FIDA, Banque Mondiale, Banque Africaine de Développement et autres) et les efforts de la recherche (au sein de l’ISABU, FACAGRO, IRRI) risquent d’être compromis ;
- Environ 440.000 familles qui produisent le riz sur 22 000 ha verront leur pauvreté aggravée

RECOMMANDATIONS

Face à ces préoccupations, les organisations des producteurs agricoles formulent les recommandations suivantes :

1/ D’accorder au moins 10% au secteur agricole dès la loi des finances 2011 et prévoir un rythme de décaissement et des procédures répondant aux besoins des saisons agricoles cela pour éviter de rater des saisons à cause des lourdeurs bureaucratiques. Il faudrait garantir une affectation équitable des ressources aux sous-secteurs et concentrer plus de moyens à l’investissement qu’au fonctionnement :

a) Les investissements directement productifs à 60% du budget et le montant serait réparti par province au prorata de la population pour subventionner les intrants stratégiques, le repeuplement du cheptel et mettre en place une politique claire d’approvisionnement et appui à la recherche.

b) Au regard de l’importance de l’innovation institutionnelle, 30 % du budget serait allouer au fonctionnement du Ministère de l’Agriculture et aux appuis directs des organisations paysannes

c) La constitution des stocks de sécurité absorberait 10% du budget et l’usage des méthodes biologiques et qui assurent une conservation sur plusieurs années est à privilégier

2/ Maintenant que la cargaison de riz « japonais » est en route, les Organisations de producteurs agricoles proposent ce qui suit au Gouvernement :
- Impliquer les organisations de producteurs agricoles dans la gestion de cette aide afin de définir ensemble des orientations appropriées à même de sécuriser les riziculteurs dans leur recherche de profit optimal ;
- Vendre le riz du don japonais à un prix au moins égal au prix du marché local
- Faire en sorte que les fonds provenant de la vente de ce don de riz soit utilisés prioritairement pour développer la filière riz au Burundi ;
- inciter les corps constitués (l’armée et la police) à renoncer à l’importation du riz étranger et à se tourner plutôt vers le riz produit localement en commençant par puiser dans les stocks invendus ;
- Accorder une attention particulière aux importations du riz car en dehors d’une entorse au tarif extérieur commun, l’Etat ferait bien de s’approvisionner d’abord auprès de la filière privée locale surtout que le riz tanzanien qui représente 90% des importations à partir de la sous-région jouit d’une prime de qualité par rapport au riz burundais.


[1Soit l’équivalent de 5.429.602 USD ( au taux de 1USD = 82,879 JPY )


picto envoyer picto imprimer

Collectif Stratégies Alimentaires asbl | Bd Léopold II, 184 D - 1080 Bruxelles | Tel : +32 (0)2 412 06 60 - Fax : +32 (0)2 412 06 66 | email contact

accès membres | plan du site | à propos du site | accès restreint

Soutenu par 
la Commission Européenne et la DGD (Belgique)