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Soixante-septième session du Comité des produits de la FAO

Alex Danau, 22 avril 2009
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Lors de sa soixante-septième session, le Comité des produits de la FAO s’est penché sur les effets de la flambée des prix et les mesures prises dans ce contexte, sur l’évolution des négociations du cycle de Doha, sur les effets de distorsion des échanges causés par les mesures de soutien à l’agriculture... (Ordre du jour du Comité)

Les États membres du Comité, en présence de quelques rares ONG et autres organisations, parmi lesquelles celles ayant organisé un événement en marge de la session, ont examiné les documents d’analyses proposés par le secrétariat. Les discussions qui ont suivi la présentation de chaque document préparatoire, hormis des questions de procédure, ont soulevé assez peu de remarques, sinon les félicitations lancées à leurs auteurs ainsi qu’en général à la FAO.

La délégation de l’Argentine s’est assez bien impliquée, donnant la réplique à l’Union européenne qui s’exprimait d’une voix unique pour ses 27 Etats membres, auquel était associée la délégation de la Turquie. Ce fut en particulier le cas lors du traitement du point 3 de l’ordre du jour basé sur la présentation des documents 09/08 : « mesures prises face à la hausse des prix des denrées alimentaires », 09/9 : « Vers la formulation de politiques visant a réduire les effets de distorsion des échanges causés par les mesures de soutien à l’agriculture », 09/10 : « Conséquences macroéconomiques et gestion des fluctuations des prix des produits alimentaires ». L’enjeu en était pour l’Argentine de contre balancer les paragraphes épinglant les restrictions aux exportations qui ont été utilisées lors de la flambée des prix par la mise en cause des soutiens à l’agriculture utilisés par les pays développés.

Le Document 09/09 sur la réduction des distorsions des échanges causées par les mesures de soutien à l’agriculture se prononce très clairement en faveur des systèmes d’aides découplées. La part des aides découplées augmente dans les pays de l’OCDE, comme le rappelle le document de la FAO, ce qui n’empêche pas la volatilité des prix d’augmenter sur les marchés internationaux de produits agricoles. De notre point de vue, le découplage est un leurre dont les principaux défauts sont leur impossible universalité, à cause de leur coût budgétaire (quasiment inaccessible pour les pays en développement et difficile à justifier auprès de l’opinion de l’union européenne) et la contrepartie de leur utilisation qui est l’abandon des mesures de régulation des marchés, en ce y compris les mesures de gestion de l’offre. L’utilisation des aides aux revenus découplés à été négociée lors du cycle d’Uruguay sur la base d’une entente (Accord de Washington) entre les États-Unis et l’Union européenne pour se prémunir contre l’adoption de mesures de libéralisation.

Ce que montre pourtant la crise alimentaire, c’est que se sont les droits de douane qui constituent l’instrument le plus universel. Cette universalité est certainement un important avantage, car ils sont non seulement utilisables par les pays en développement, mais ils génèrent des sources financières importantes pour ces pays. Les droits de douane permettent surtout de réguler les effets des marchés internationaux et donc de soutenir la production intérieure. Mais, même a contrario comme le constate le document de la FAO (§9), l’efficacité des droits de douane est d’autant plus importante que leurs niveaux sont élevés.

Parmi d’autres commentaires, certains membres du Comité des produits ont par ailleurs demandé que le terme de « volatilité » des prix sur les marchés internationaux soit remplacé par celui de "fluctuations" (les termes retenus dans le rapport sont « turbulences » et « fluctuations »), sans doute cela fait-il moins désordre. Le rapport acte « la forte capacité de réactions des producteurs aux variations de prix » (rapport, § 6), s’inquiète du « regain d’intérêt manifeste pour l’autosuffisance alimentaire en tant que moyen de garantir la sécurité alimentaire » (§ 23)... Autrement dit, le Comité des produits de la FAO renouvelle sa pleine confiance « aux vertus de la libéralisation » quitte à en occulter les effets et souhaite éviter toute intervention sur les marchés, s’imposant en cela de n’être qu’une chambre d’entérinement des négociations de l’OMC.

Pourtant, la nécessité de soutenir la production agricole a été reconnue, mais a conduit à quelques remarques ne manquant pas d’ambiguïtés. Ainsi, suite à la remarque de la délégation du Japon qui a défendu la nécessité pour les pays développés de soutenir leur agriculture, mais également les contraintes (territoriales) que pose cette option de sécurité alimentaire, il a été affirmé qu’il serait plus judicieux que les pays riches investissent dans l’agriculture des pays pauvres, en y augmentant les investissements directs pour que ces pays accroissent leur production. Faut-il entendre par là que la sécurité alimentaire des pays riches serait donc assurée par la « mobilisation » des ressources foncières des pays pauvres (land grab) ?

Le Comité des produits a à peine évoqué la question des stocks et ignoré complètement l’incidence de la faiblesse des stocks et l’utilité que ceux-ci ont, tant par rapport à la sécurité alimentaire que pour réguler les marchés et dissuader la spéculation. Le rapport note que « Certains membres ont suggéré en outre que la FAO procède à une analyse de la possibilité et de l’éventuelle contribution de plans alternatifs relatifs aux réserves internationales de céréales » (§ 24). Sibyllin et probablement virtuel, s’agissant des stocks.

Bien que l’Afrique soit particulièrement concernée par la crise alimentaire et financière ainsi que par la ruée sur ses ressources, la présence des délégations africaines ont brillé par leur apathie si ce n’est le délégué du Cameroun qui a toutefois rappelé les émeutes de la faim et la nécessité des États d’intervenir, car en fin de compte « la paix n’a pas de prix... ».

Mais que vaut la souffrance des 963 millions de personnes qui ont faim face à la libéralisation surtout soutenue par l’agrobusiness ?



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