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La réforme de la FAo : il est important d’interpeller nos gouvernements

Daniel Van Der Steen, 12 novembre 2008
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Les ONG de développement de l’UE sont inquiètes face aux perspectives actuelles qui se dessinent pour la réforme de la FAO, qui sera discutée au cours de la semaine du 17 au 22 novembre 2008 à Rome, lors de la Conférence de la FAO consacrée à cette question.
Notre inquiétude porte d’abord sur le risque d’une modification radicale du mandat de la FAO par rapport à sa mission historique, suite aux pressions de certains Etats membres qui estiment qu’elle devrait se limiter à un travail normatif sur la sûreté des aliments et à la récolte des éléments d’information sur la situation agricole et alimentaire dans le monde.
Actuellement, les gouvernements qui le souhaitent peuvent bénéficier de l’expertise considérable de la FAO pour implanter des programmes de soutien à la production agricole, ainsi que des politiques leur permettant d’améliorer divers aspects de leur développement agricole. C’est le cas, par exemple, de l’aide aux réformes agraires, de l’aide à la préservation des ressources naturelles, du soutien à la reconversion à la production biologique. La FAO aide aussi les gouvernements à mettre en place des politiques nationales (ou régionales) appropriées et conformes aux besoins des pays, soit des programmes mieux conçus et appropriés aux besoins des pays que ceux qui ont été proposés dans le cadre des ajustements par les Institutions de Bretton Woods et qui ont eu parfois des effets néfastes dans le domaine agricole et de la sécurité alimentaire.
Avec la réforme, la FAO pourrait non seulement abandonner (ou fortement réduire) ces programmes, mais également les activités de terrain dans les pays en développement, alors que celles-ci peuvent constituer une aide précieuse pour combattre la faim et la pauvreté. Ces activités sont également indispensables pour que la FAO puisse exercer efficacement ses autres missions, vu qu’elles assurent le contact permanent avec les réalités du terrain et sont dès lors indispensables pour son expertise et pour assurer le travail normatif et la contribution à la définition des politiques de la gouvernance globale agricole et alimentaire.

Cette redéfinition des fonctions de l’agence ne pourrait se faire qu’en bouleversant les règles démocratiques de la prise de décision au sein de l’institution. Actuellement, le pouvoir de décision dans les organes de gouvernance (Conférence et Conseil) repose sur l’ensemble des Etats membres (chacun disposant d’un droit de vote). Nous pensons dès lors qu’il faut refuser la tendance –malheureusement déjà en cours depuis plusieurs années– à renforcer une situation où un « club des pays donateurs » contrôle l’institution au travers de modalités qui orientent de plus en plus fortement le budget au profit des intérêts des membres les plus puissants. En effet, la pratique consistant à réduire les contributions au budget ordinaire (définies sur les priorités votées par tous les États membres) au profit des contributions aux « fonds fiduciaires » (dans lesquels chaque pays donateur met l’argent pour financier des seules actions qui l’intéressent) constitue une dérive inacceptable. Celle-ci empêche l’institution de poursuivre les priorités que l’ensemble des membres ont fixées et qui disperse les activités en fonction d’intérêts particuliers. Cette domination des Etats les plus riches existe déjà dans d’autres institutions (celles de Bretton Woods) et elle oriente les politiques de ces institutions en fonction d’intérêts particuliers.

Ceci ne signifie pas qu’aucune réforme de l’institution ne soit nécessaire, mais elle devrait porter sur d’autres aspects tels que par exemple :
- une priorisation des activités de l’institution en fonction de la sécurité alimentaire et du développement rural dans le monde (alors que la pratique des ‘’fonds fiduciaires’’ contribue précisément à renforcer la dispersion) compte tenu des besoins des Etats les plus pauvres ;
- une meilleure efficacité des services de la FAO et notamment de ses délégations locales, souvent victimes de pressions politiques aux niveaux local ou régional ;
- une interaction accrue avec les diverses composantes de la société civile -et des producteurs agricoles en premier lieu- tout particulièrement au niveau des offices décentralisés au niveau national et sous-régional.

Il est donc important de veiller, à la lumière de à la crise des prix agricoles que nous venons de connaître, à ce que la FAO revienne à son mandat initial, axé sur la sécurité alimentaire, le développement rural et l’aide aux populations rurales les plus pauvres. Elle devrait être en mesure d’assumer un véritable leadership au niveau de la gouvernance agricole et alimentaire internationale en vue de promouvoir les initiatives et les politiques réellement à même de combattre la faim et la marginalisation dans les zones rurales. En matière de gouvernance, la FAO devrait avoir un rôle plus important tout particulièrement en ce qui concerne l’orientation des politiques agricoles, laquelle ne peut être soumise aux exigences des acteurs commerciaux les plus puissants de la planète.

Il est donc urgent de s’adresser avec force au Premier Ministre, au Ministre des Affaires étrangères et au Ministre de l’Agriculture de chaque pays pour leur demander en particulier :
- de réaffirmer la mission fondamentale de la FAO en faveur de la promotion des producteurs ruraux et de la sécurité alimentaire ainsi que sa nature d’Agence des Nations Unies pour le développement agricole et rural ;
- de bloquer toutes les dispositions contenues dans les propositions de suivi de l’évaluation externe indépendante de la FAO par les « Amis du Président » pour la 35e session (extraordinaire) de la Conférence de la FAO (Rome, 18 - 22 novembre 2008) qui vont à l’encontre de la démocratie réelle et du maintien de la mission fondamentale de l’institution ;
- de veiller à rétablir la suprématie du financement du programme régulier de la FAO ;
- de maintenir la FAO dans son rôle d’espace neutre où les Gouvernements élaborent des stratégies pour établir les lignes directrices des politiques agricoles et alimentaires globales ;
- de renforcer la FAO dans son rôle de dialogue avec les ONG (organisations non gouvernementales), des organisations sociales, les mouvements et acteurs de la société civile, afin de permettre à ces acteurs de contribuer à la définition des lignes directrices des politiques agricoles et alimentaires globales.

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