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De la sécurité à la souveraineté alimentaire

Auteur: Van Der Steen Daniel
Editeur: CSA
Lieu: Bruxelles
Année: 2002
Pages:
Mots-clés:

La sécurité alimentaire

Le concept de sécurité alimentaire a évolué durant ces deux dernières décennies.
D’abord perçu comme la disponibilité d’une offre nationale suffisante en denrées alimentaires, il est défini depuis une dizaine d’années comme l’accès pour tous les individus, à tout moment, à une nourriture en suffisance permettant de mener une vie saine et active.

Cependant, cette définition ne montre pas la dynamique socio-économique nécessaire à la sécurité alimentaire, laquelle n’est pas un état stable. "Sont en état d’améliorer leur sécurité alimentaire, les populations disposant d’une capacité d’accès à la nourriture telle qu’elles peuvent commencer à accumuler des réserves (stockage, bétail,épargne monétaire), à développer des moyens plus performants de production ou d’augmentation des revenus, à organiser des relations sociales comprenant des réseaux de solidarité plus fiables.
C’est l’ensemble de ces actions qui inscrit les populations dans un processus cumulatif de réduction de vulnérabilité alimentaire."
 [*]

Etre en situation de sécurité alimentaire ne signifie donc pas seulement, pour un individu,une famille, une population ou un groupe de populations, le fait de pouvoir manger à sa faim à un moment donné, mais le fait d’être dans une situation qui présente certaines garanties pour le présent et le futur. Le passage à l’état d’insécurité alimentaire est lié à un changement dans l’environnement (comme les conditions de l’offre de produits, la destruction de certaines ressources collectives, par exemple dans
le cas de catastrophes naturelles ou de conflit) ou dans la situation des ménages (appauvrissement, vulnérabilisation).

Les composantes essentielles du concept sont :

- la disponibilité physique des aliments, en qualité et en quantité suffisantes, que ce soit par la production locale, les achats dans d’autres zones, l’importation, l’existence de stocks...

- l’accès aux aliments
Les individus peuvent accéder à la nourriture de plusieurs manières : en disposant soit des moyens de produire leur propre nourriture, soit des moyens de produire d’autres biens ou services dont la vente permettra l’achat de nourriture, soit des moyens financiers ou autres qui permettent à long terme l’achat de nourriture, soit de "droits" sur la nourriture (exemple des personnes trop jeunes ou trop vieilles dans une famille mais dont la nourriture est procurée par la famille, par de systèmes de sécurité sociale ou par des programmes alimentaires)...
Le fait pour les ménages de disposer d’un "capital", au sens de ressource, donne une garantie d’accès à la nourriture. On considère tant le capital physique (comme une terre, un troupeau, un bateau et bien sûr aussi un capital financier) ou humain (la formation, les connaissances, les savoir-faire, la condition physique et l’état de santé) que social (les réseaux de relations sur lesquels on peut s’appuyer). La détention des
capitaux permet en effet de produire, d’échanger (sur le marché ou par troc), de louer sa force de travail ou de recevoir de la nourriture.
Outre l’accès aux aliments, on peut encore considérer d’autres facteurs, comme le fait d’acquérir la nourriture en quantités suffisantes, de la consommer (au lieu de la revendre par exemple), de la digérer (appropriation de la nourriture), préoccupations
notamment liées à l’étude de ce qui se passe à l’intérieur des ménages et dans les situations d’aide alimentaire.

- les caractéristiques physiques et culturelles des aliments
Outre le fait que la nourriture doit être disponible en quantités suffisantes, il faut aussi qu’elle soit sans danger pour la santé et acceptable culturellement. La nourriture doit être conforme aux habitudes alimentaires du groupe de population concerné.
L’appréciation du risque sanitaire de la nourriture diffère selon les populations, de même que la nécessité d’appliquer le principe de précaution (cas de la viande produite aux hormones). D’autre part, on peut élargir le concept de "qualité", qui se réfère aux
caractéristiques du produit mais aussi aux conditions de production, et envisager notamment l’impact des modalités de la production sur l’environnement, les liens sociaux, le tissu économique rural et le développement rural.

- la prise en considération des conditions futures
Il s’agit d’accéder à la nourriture à tout moment, c’est-à-dire dans l’immédiat mais également dans le futur. Cela signifie qu’il faut veiller à ce que les activités et la situation actuelles d’un individu ou groupe puissent soit se reproduire tels quels dans le futur,
soit évoluer vers des états différents qui ne seront pas des impasses. Tant la disponibilité de la nourriture que l’accès à celle-ci et les autres aspects de la sécurité alimentaire doivent être assurés dans le futur. Il faut dès lors considérer l’avenir des systèmes
de production, des marchés, des stocks, etc. Avec la présente définition, il est inutile de préciser que la sécurité alimentaire doit être durable.

- la non concurrence des autres besoins
Les autres besoins vitaux élémentaires (logement, habillement, accès à l’eau, soins de santé, intégration sociale minimale...) doivent être couverts également, sans quoi la satisfaction de ces autres besoins mettrait en péril les ressources destinées à accéder à la nourriture en quantités suffisantes.

La souveraineté alimentaire

Il manquait encore une dimension politique à la notion de sécurité alimentaire ; elle est ajoutée par cette autre expression : la souveraineté alimentaire.

Pour assurer la sécurité alimentaire dans chaque situation nationale, régionale ou locale, il existe plusieurs stratégies possibles compte tenu des contraintes locales et des "choix de société" exprimés par la population. La souveraineté alimentaire, c’est la
possibilité pour une population de maîtriser les choix essentiels qui lui permettent d’assurer sa sécurité alimentaire. Ces choix portent sur les modes des productions agricoles et les façons les plus appropriées de garantir un accès à la nourriture pour tous.
En voulant contrôler les politiques agricoles nationales, l’Organisation mondiale du commerce érode la souveraineté alimentaire des peuples en les privant des moyens d’orienter leurs systèmes agricoles et alimentaires.


[*ADE, IRAM ; Guide de programmation des interventions d’appui à la sécurité alimentaire ; 1995,
Louvain-La-Neuve.


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