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Crise des prix alimentaires

L’afflux massif de fonds et de nouveaux acteurs nécessite un effort de gouvernance

Alex Danau, 5 septembre 2008
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L’analyse, reprise ci-dessous, a été rédigé par le CSA, en concertation avec Mamadou Cissokho (ROPPA), pour préparer une position du groupe sécurité alimentaire de Concord (EFSG) sur l’initiative de la Commission Européenne de créer une facilité financière pour répondre à la crise alimentaire.

Depuis la prise de conscience de la gravité de la crise des prix alimentaires, les initiatives et les déclarations vont bon train. Ce fut la mise en place de l’Équipe spéciale de haut niveau sur la crise mondiale de la sécurité alimentaire, présidée par le secrétaire général des NU, la conférence de haut niveau de la FAO, la « réponse rapide de l’UE à l’explosion des prix des denrées alimentaires », la déclaration du président de la BM lors du G8, la résolution du Parlement européen…
L’afflux massif de fonds, mais plus généralement le regain d’intérêt pour l’agriculture, nécessite un effort accru de gouvernance vis-à-vis duquel les organisations agricoles et leurs partenaires (ONG, agri agences…) doivent avoir un rôle de premier plan.

Il n’est pas du tout évident que la situation de la crise des prix alimentaires soit favorable aux agriculteurs. La seule certitude, ce sont les énormes bénéfices générés par la hausse des prix dont profitent les industries pétrolières et agroalimentaires.

La banque mondiale estime à 10 milliards de $ les contributions complémentaires nécessaires pour une réponse à court terme [1].

« Selon la FAO, les pays les plus éprouvés par la flambée des prix des denrées alimentaires (+ 52 % entre 2007 et 2008), plus particulièrement en Afrique, auront besoin au total d’au moins 1,7 milliard de dollars pour relancer leurs systèmes agricoles négligés durant plusieurs décennies. Et ce montant ne couvre que les mesures immédiates et à court terme pour 2008-2009. »

Le « comprehensive framework for action » de la task force des NU présente les chiffres suivant :

“WFP is in the process of allocating an extra US$ 755 million to operations in more than 60 countries to meet existing needs, following the generous response to its recent emergency appeal. WFPs voluntary budget and newly assessed needs must be fully met.

• The FAO Emergency Initiative on soaring food prices has called for US$ 1.7 billion in funding to provide low income food deficit countries with seeds and inputs to boost production over the next 18 months.

• IFAD is making available US$200 million in loans to poor farmers in the most affected countries to boost food production by providing essential inputs.

• The World Bank is implementing a $1.2 billion Global Food Crisis Response Program to support agriculture, social protection and policy responses to the crisis.

OCHA has announced it is reserving $100 million of the Central Emergency Response Fund (CERF) for food crisis related needs this year.”

La Commission européenne propose le transfert du solde budgétaire de la rubrique 2 (PAC) vers le développement, soit 1, 3 milliard d’euros
Sur le fond, le plan d’actions proposé par la Communauté internationale repose principalement sur trois axes :

• doper la croissance de la production agricole, sur la base des « petits agriculteurs » des pays pauvres ;

• prendre rapidement toutes les mesures de libéralisation qui pourraient baisser les prix de l’alimentation (baisse des tarifs douaniers, restrictions à l’exportation, TVA, …) et améliorer le fonctionnement des marchés internationaux

• procurer une aide alimentaire et améliorer les filets de sécurité pour les populations en difficulté.

La focalisation sur les « petits agriculteurs » qui ne représentent pas moins du tiers de l’Humanité, sans compter les paysans sans terre, est un objectif prioritaire. Mais il demeure une grande interrogation, d’une part sur la compatibilité entre cet objectif et l’objectif de libéralisation et d’autre part sur l’intégration harmonieuse entre l’aide alimentaire et les mesures favorisant les « petits agriculteurs ».

Principaux risques pour les agriculteurs

Le premier risque peut résulter d’un effort mondial de production qui se solde par une forte baisse des prix agricoles « bord champ » alors qu’en amont, les producteurs auront payé le prix fort pour les intrants.

Le second risque dû au marché tient à l’amplification de la volatilité des prix rendant tout investissement très risqué, en particulier pour les agriculteurs fragiles.

Un consensus dans la communauté internationale semble s’être dégagé pour accroître la production agricole en soutenant une nouvelle révolution verte basée sur des semences sophistiquées (haut rendement, résistance à la sécheresse, résistance à la salinité des sols…) et en recherchant une plus grande productivité.

Il y a là un risque de perte de diversité des semences, en particulier pour les semences des cultures vivrières, peu investies par la recherche.
La recherche de gain de productivité risque de déboucher sur un « remembrement » des terres et une restructuration de l’agriculture. Cela peut déboucher sur une amplification de l’exode rural.

Ce dernier risque est combiné à la ruée vers la terre déjà largement en cours dans le cadre de la production de biocarburant ou par le nouvel attrait généré par la conjoncture de haut prix.

Les mesures que les ONG proposent, conjointement à celles des organisations agricoles

Sur la gouvernance des programmes de relance de l’agriculture

- Il sera pour le moins indispensable que les programmes d’interventions sur la « croissance de l’agriculture » soient élaborés avec les OP, mais également que celles-ci soient impliquées dans le monitoring et le suivi de leur mise en œuvre. Il n’est pas évident que cela soit le cas. De fait, une bonne partie des flux de financement seront dirigés directement vers les grandes organisations spécialisées des NU et sous la forme d’aide budgétaire aux États, le principal argument de ce point de vue étant l’urgence.

Il est aussi nécessaire que les OP et leurs partenaires soient fortement impliqués dans la conception et le pilotage des programmes d’achats institutionnels destinés à l’aide alimentaire, mais aussi ceux destinés à l’ensemble des institutions tel que les écoles, les armées, les hôpitaux...

Sur les mesures de politique commerciale et de politiques agricoles

- En priorité, il faut soutenir la production de l’agriculture familiale en assurant un niveau rémunérateur des prix (diminuer le coût des intrants et augmenter la marge agricole (prix bord champ) sur le prix au consommateur final). Outre la mise en place de réelles politiques agricoles, cela mériterait des observatoires spécifiques

Améliorer l’intégration entre l’offre agricole locale et la demande alimentaire locale ainsi qu’à l’échelle régionale. Outre l’amélioration des filières, il paraît indispensable d’utiliser de solides mesures de protection aux frontières régionales et d’améliorer la fluidité des marchés intra régionaux.
Maintenir, voire accroître le niveau d’autoconsommation des agriculteurs familiaux dans le cadre d’une augmentation de leur production.
Accroître la maîtrise par les OP des filières semencières ainsi que pour les autres intrants...

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[1« Nous devons renforcer l’appui destiné à l’aide alimentaire fournie par le Programme alimentaire mondial. Celui-ci a généralement besoin d’environ 3 milliards de dollars par an de contributions volontaires, mais, cette année, cela pourrait se situer entre 5 et 6 milliards, et il est probable que le PAM aura besoin d’une somme analogue l’année prochaine...

...Dans l’ensemble, nous estimons que les besoins de financement à court terme pour les filets de protection sociale et l’apport rapide d’intrants agricoles dans plus de 50 pays que nous avons évalués, grâce à nos équipes sur le terrain, se montent à 3,5 milliards de dollars. À cela s’ajoutent les évaluations du PMA et du FMI, pour un montant de l’ordre de 6,5 milliards de dollars, ce qui porte les besoins globaux pour le court terme à 10 milliards de dollars environ. La communauté internationale se doit d’être à la hauteur de ce défi. » http://web.worldbank.org/WBSITE/EXT...


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