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Quels rôles de la FAO en matière de régulation des marchés nationaux et internationaux afin de soutenir l’agriculture familiale ?

Une question posée à l’occasion de la 66ème session du Comité des produits de la FAO

Alex Danau, 25 avril 2007
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Cinq réseaux et fédérations régionales d’organisations de producteurs d’Afrique et des Caraïbes, les cinq organisations de producteurs du Canada organisées en gestions de l’offre ainsi que quelques ONG ont participé à la 66e session du Comité des Produits de la FAO qui s’est tenue à Rome du 23 au 25 avril 2007.

Le Comité des produits, composé de 111 pays membres, est l’un des 8 Comités spécialisés de la FAO. Ses principales fonctions consistent à informer les organes directeurs de la FAO sur les questions relatives au commerce des produits agricoles.

L’ordre du jour revêtait un intérêt évident au vu de sa pertinence par rapport à l’agriculture familiale. L’évolution des marchés agricoles, l’analyse de la croissance des deux pays géants de l’Asie que sont l’Inde et la Chine, avec ses implications sur le commerce des produits de base ; l’analyse des « poussées d’importations » dans les pays en développement, leurs incidences et leurs contrôles ; la gestion de l’offre des marchés internationaux de produits et l’aide au commerce pour les pays en développement ont fait l’objet de notes préparatoires par le secrétariat et ont été « débattus » en séance.

Pour les organisations de la société civile, il importait d’apporter son propre éclairage sur la nécessité du contrôle des importations et sur la nécessaire augmentation du pouvoir de marché des producteurs par l’application de mesures de gestions de l’offre. Elles ont donc organisé un évènement parallèle et rédigé une déclaration présentée lors du Comité des produits.

La question que l’atelier parallèle et la déclaration posent à la plus ancienne des organisations des Nations Unies et à l’une des plus importantes, concerne le rôle que celle-ci pourrait jouer dans la régulation des marchés nationaux et internationaux afin de soutenir l’agriculture familiale. Il faut bien constater que la réponse fut complètement implicite car aucun « expert » de la FAO n’a souhaité entrer dans le débat, se réservant pour le Comité.

On peut bien entendu concevoir que les « employés » réservent la primeur du fruit de leur travail à leurs employeurs. Mais fallait-il pour autant qu’ils offrent un enterrement de première classe à la gestion de l’offre, faisant fi des attentes des organisations de producteurs ?
Il est tout de même heureux que les études sur les poussées d’importation, ses causes et les ouvertures en faveur d’un usage efficace des mesures de sauvegarde laissent un champ d’action moins défavorable à l’agriculture familiale.

L’adoption du rapport de la 66e session du Comité des produits de la FAO a montré à quel point l’Organisation était « neutralisée », exclue du débat politique le plus important et réduite à un exercice des plus tristes. Ainsi par exemple, une phrase du projet de rapport de la session (CCP draft report W/J9808/f) a monopolisé le débat : « Certains membres se sont déclarés préoccupés par la publication sur la situation des marchés, parue en 2006, en particulier par des affirmatives qui, selon, eux laissaient entendre que certains pays en développement subirons des retombées négatives du fait de la libéralisation des échanges » (§ 19).

Etait-il possible de prendre plus de précautions oratoires, de circonlocutions, pour prononcer deux mots -retombées négatives- associés à la libéralisation des échanges ? Au lieu d’évoquer des « retombées négatives », on a préféré affirmer que ces pays « pourraient ne pas profiter de la libéralisation ».

Durant la discussion du même rapport, il a fallu l’intervention d’une organisation de producteurs agricoles du Canada pour que le Comité accepte de modifier la première version du rapport concernant l’appréciation de la gestion de l’offre. Heureusement, la formulation originelle très négative « Le Comité a conclu que les arrangements internationaux de gestion de l’offre n’étaient ni pratiques ni appropriés » a pu être améliorée en devenant « Le Comité a conclu que les arrangements internationaux de gestion de l’offre ont fait face à d’importantes difficultés pratiques », les mots « ni appropriés » ayant été supprimés.

Toutes les inquiétudes exprimées par les organisateurs de l’événement parallèle demeurent donc. La FAO est en marge des questions politiques fondamentales qui concernent la « condition » des populations rurales, car c’est bien de politiques agricoles effectives dont a cruellement besoin l’agriculture familiale. Mais qu’à cela ne tienne, les organisations de producteurs peuvent, s’ils s’organisent, utiliser des instruments qui rééquilibreront le faible pouvoir de négociations qu’ils ont sur les marchés agricoles. Les mesures de gestion de l’offre et de mise en marché collective ont fait leurs preuves en la matière.

Alex Danau
Collectif Stratégies Alimentaires

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