csa-be.org

Faire progresser l’agriculture africaine

Proposition de coopération aux niveaux continental et régional pour le développement agricole en Afrique

Alex Danau, 2 janvier 2007
Mots-clés:

La Direction générale (DG) Développement de la Commission européenne (CE) a sollicité les commentaires sur son document intitulé "Advancing African Agriculture" (faire progresser l’agriculture africaine) qui est une proposition de coopération aux niveaux continental et régional pour le développement agricole en Afrique. Le CSA a envoyé la contribution reprise ci-dessous :

Faire de l’agriculture africaine une priorité est assurément une bonne nouvelle dont on doit se réjouir, après un délaissement dramatique de plusieurs décennies.

Il semble, qu’en termes de structure, l’accent soit placé sur l’agriculture familiale ce qui correspond aux souhaits de nombreuses organisations de producteurs. Il faudrait vérifier que cette conception ne soit pas exclusive de nombreuses exploitations, considérée comme non « viable commercialement », mais qui auraient, pour le moins, le mérite de participer à la sécurité alimentaire des familles, à défaut d’autres perspectives.

L’agriculture familiale se doit d’être considérée dans ses multiples fonctions. Par ailleurs l’absence de viabilité peut être dues à des déficiences externes aux exploitations, en particulier- ce qui explique l’importance de la présente proposition- la faiblesse des politiques agricoles.

Il faut s’assurer que les orientations et la mise en œuvre de cette coopération pourra se faire en bonne intelligence avec les organisations agricoles présentes en Afriques.

La préoccupation est clairement présente dans la proposition, en particulier dans le point concernant la gouvernance sectorielle (3.2.2.).

Cependant, les méthodes de gouvernance seront déterminantes pour relever le défi. On peut s’étonner que la Commission omette de parler des ONG, partenaires les plus assidus et expérimentés dans l’appui aux organisations de producteurs.

La proposition évoque le regain d’importance de l’agriculture en Afrique et la hausse de la croissance. L’« évolution favorable des prix d’un certains nombre de produits » est évoquée pour expliquer cette croissance. Ainsi que l’amélioration des conditions de production, et notamment le retour de la paix dans certains pays. Ce constat appelle des commentaires.

La question des prix est de la première importance et devrait être prioritaire et particulièrement soignée dans l’approche de l’agriculture africaine. Il est indispensable de distinguer les prix des matières premières valorisées sur les marchés de consommation et les marchés internationaux des prix payés aux producteurs.

Le partage de la hausse des prix, et plus généralement des marges, est loin d’être favorable aux agriculteurs. Modifier ces termes, constitue un programme en sois. Ce qui intéresse les agriculteurs, c’est le prix qu’ils perçoivent réellement et non les fluctuations des marchés internationaux. Et peut-être plus encore, c’est la prévisibilité et la stabilité des prix auxquels ils sont rémunérés.

De ce point de vue, il serait utile, par exemple de mettre en place un système d’information sur les niveaux des prix effectivement perçus par les agriculteurs, en particulier ceux des cultures vivrières.

Il conviendrait d’envisager les conditions nécessaires pour accroitre le pouvoir de marché des producteurs. La gestion de l’offre et la mise en marché collective répondent bien à ce défi. Cela nécessite surtout beaucoup d’organisation entre les producteurs ainsi qu’une législation favorable.

Concernant l’accès aux marchés, la proposition de la Commission évoque une foi de plus les débouchés de niche. Ils ne sont bien entendu pas à négliger, mais une stratégie de marché favorable à l’agriculture ne peut pas reposer sur les seules niches.

Par ailleurs, considérer les agrocarburants comme faisant partie des niches intéressantes pose question. Les besoins en agrocarburant sont potentiellement importants, mais pourraient ne pas jouer en faveur des agriculteurs, si ceux-ci ne maîtrise pas la filière, ce qui risque d’être le cas.

Le développement de cultures destinées aux agrocarburants peut aussi détourner les ressources productives (sol, eau, intrant) au détriment des cultures vivrières ou des cultures fourragères.

Il est indispensable de développer une stratégie forte pour s’assurer que les marchés agricoles soient rémunérateurs pour les producteurs. L’intervention en cas de mauvais fonctionnement du marché est bien évoquée (chapitre des objectifs et principes 3.1.), de même que le mauvais fonctionnement du marché est repris parmi les constats (introduction). Il faudrait donc s’avancer quelque peu dans ce domaine.

La stratégie devrait comprendre des instruments d’interventions et de régulation des marchés. Plus rien ne figurent dans la suite du document concernant la régulation des marchés.

Par contre, ce sont des instruments de « gestion des risques de prix reposant sur le marché qui sont proposés (gestion des risques 3.2.7.). Il faudrait vérifier si ce type d’instruments est maîtrisable par les producteurs. Rien n’est moins sûre.

Il serait plus indiqué de réhabiliter les mécanismes de soutien des prix qui ont fait leurs preuves et ont été abondamment utilisés par la politique agricole commune de l’UE entre autres :
Le soutien de l’agriculture africaine nécessite des protections aux frontières efficaces, des mécanismes de veille sur les poussées d’importation assorties de sauvegarde rapides, la mise en place de système de gestion de l’offre.

Quant à « limiter le recours aux subventions », ce qui figure également dans les principes, ce ne peut être une question de principe, mais un arbitrage entre les capacités budgétaires, les nécessités et les autres opportunités.

Justement, il serait judicieux, ce qui est proposé par la Commission, de tirer parti de près de 50 ans d’expérience européenne en matière de politique agricole. Comme nous le rappelons ci-avant, la politique agricole commune à largement soutenu son agriculture par un soutien des prix. Les systèmes les moins dispendieux ont été les organisations de marchés qui ont été soumises à un système de gestion de l’offre (sucre, produits laitiers).

Le budget agricole européen n’a jamais été aussi élevé qu’actuellement, depuis l’abandon du soutien des prix qui a été remplacé par des subventions directes au revenu. C’est une évolution qui n’est pas transposable en Afrique, alors que la PAC initiale a constitué une puissante incitation à la croissance de la production alors que l’adoption de systèmes de gestion de l’offre en a limité les dépenses.

picto envoyer picto imprimer

Collectif Stratégies Alimentaires asbl | Bd Léopold II, 184 D - 1080 Bruxelles | Tel : +32 (0)2 412 06 60 - Fax : +32 (0)2 412 06 66 | email contact

accès membres | plan du site | à propos du site | accès restreint

Soutenu par 
la Commission Européenne et la DGD (Belgique)