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Les subventions à la production laitière : des présentations plus que simplificatrices

LES SOI-DISANT 2 $ / VACHE / JOUR

Marek Poznanski, 22 juin 2005
Mots-clés:

I. LES SOI-DISANT 2 $ / VACHE / JOUR

En septembre 2002, dans son rapport global sur la PAC, la CAFOD (Catholic Fund for Overseas Development en Grande-Bretagne) écrit : « Dans l’UE, la vache moyenne reçoit actuellement un soutien total des gouvernements européens de 2,2 $ par jour, plus que le revenu de la moitié de la population du monde ». En décembre 2002, cette présentation se retrouve dans le rapport de Oxfam GB. Elle est également reprise par le Président de la Banque Mondiale,…

Le chiffre de 2 $/vache/jour vient d’une estimation du soutien global accordé à la production laitière en Europe réalisée sur base d’un concept de mesure mis au point par l’OCDE (ESP, Estimation du Soutien au Producteur). Cette estimation, est rapportée par la CAFOD au nombre de vaches et de jours.

L’estimation du soutien global à la production laitière européenne (ESP = 19,2 mrd € au total) comporte deux éléments :

(1) les dépenses budgétaires en faveur des produits laitiers, soit environ 2,5 mrd € ;

(2) le surplus négatif ou perte des consommateurs (supplément de prix payé par rapport au prix mondial, transport inclus, multiplié par les quantités), soit le solde d’environ 16,7 mrd €.

II. ANALYSE CRITIQUE

Observons d’abord, sans aborder la question de leur bien-fondé ou non , que les dépenses budgétaires pour la production laitière ne forment qu’une part très réduite du soutien estimé (2,5 mrd € sur 19,2, soit 13 %). L’essentiel de celui-ci vient de l’estimation du « surplus négatif pour le consommateur ». C’est cette estimation-là qui est très discutable. Les éléments de discussion sont tels que le résultat pourrait bien être de sens inverse (subsidiation du consommateur ou des acheteurs en aval par le producteur, plutôt que l’inverse).

a) Transmission d’une baisse de prix au consommateur ?

Remarquons simplement qu’en cas de libéralisation complète et de très forte baisse du prix d’achat du lait à l’agriculteur rien ne permet de croire que cette baisse serait transmise aux consommateurs finals. Ce n’est en tout cas pas le résultat observé suite à la baisse du prix des céréales ou de la viande bovine, comme le relèvent des documents européens. La baisse peut être en grande partie absorbée par les firmes intermédiaires de transformation et de distribution. En général, les hausses de prix sont répercutées, non pas les baisses. La transmission des prix est asymétrique. ,

b) % commercialisé sur le marché mondial

La partie de la production laitière mondiale qui est commercialisée sur le marché mondial est extrêmement faible : 6,4 % (moy. 1995-1998). La méthode de l’OCDE fait comme si 100 % ou l’essentiel était commercialisé sur ce marché.

c) Prix mondial de référence ?

Le prix sur le marché mondial est un prix de dumping, ne couvrant les coûts de production dans pratiquement aucun pays du monde, à l’exception probablement de la Nouvelle-Zélande. C’est le prix au producteur de lait dans la Nouvelle-Zélande qui est utilisé comme référence. Or, ce pays ne produit que 2 % de la production mondiale… Selon diverses estimations, le prix du lait au producteur correspondant à un marché véritablement mondial serait probablement de l’ordre de celui payé aux USA, c’est-à-dire assez proche de celui dans l’UE.

d) Taux de conversion des monnaies ?

Le taux utilisé par l’OCDE est le taux de change observé sur le marché. Pour ce genre de comparaison, le taux basé sur la parité de pouvoir d’achat serait probablement plus approprié.

Une estimation a été réalisée par des chercheurs canadiens en utilisant le prix américain comme référence et la parité de pouvoir d’achat comme taux de conversion des monnaies4. Au lieu de 190 $ par tonne de lait en Europe, l’ESP calculé pour 1999 devient –28 $/t révélant une taxation nette des producteurs européens plutôt qu’un soutien. Autrement dit, sur base de cette estimation, ce sont les producteurs qui subventionneraient les acheteurs en aval par des prix de vente à la ferme très faibles…

On est en tout cas loin de la fable des 2 $/vache/jour.

Par Jean-François Sneessens

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