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La Déclaration de la Conférence de Haut Niveau - Conclusion

La Communauté internationale en dame patronnesse

Alex Danau, 9 juin 2008
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Vendredi dernier, j’avais vainement tenté de me procurer la déclaration finale de la Conférence, adoptée tardivement. Quelques coups de téléphone infructueux, deux visites sur le site de la Conférence.
Ce dimanche matin, je retente ma chance sur la page réservée aux documents de la conférence, sans succès, mais dans le menu à gauche j’aperçois "Déclaration sur la sécurité alimentaire mondiale". Je clique, la voilà, directement attachée au "bouton du menu".

L’Argentine a-t-elle eu gain de cause et obtenu la suppression du mot "restrictif" ? Non, il y figure toujours (paragraphe 6 e). Comme l’avaient souhaité les autres groupes régionaux (voir article précédant du blog), la déclaration a été adoptée telle quelle, si ce n’est un dernier toilettage de forme et l’ajout du paragraphe rappelant la stratégie de Maurice en faveur des petits Etats insulaires.

Revenons sur ce blocage, sur la préoccupation de l’Argentine et sur la logique qui pousse les autres blocs régionaux à ne pas la suivre. L’Argentine fait partie du groupe de Cairns, composé des grands pays agroexportateurs très favorables à l’ouverture des marchés agricoles. C’est ce groupe qui a obtenu, dans la déclaration, le paragraphe demandant la libéralisation complète de l’agriculture (paragraphe 7 e- ex paragraphe 11).

De ce point de vue, leurs membres, et donc également l’Argentine, ont obtenu gain de cause sur un point extrêmement contestable dans ce contexte de Conférence sur la Sécurité alimentaire mondiale.

La Communauté internationale affirme donc que c’est la libéralisation de l’agriculture (paragraphe 7 e- ex paragraphe 11) qui permettra, en particulier pour les producteurs des pays en développement, d’atteindre la sécurité alimentaire. Rien n’est plus contestable. Selon notre analyse, ce serait plutôt le contraire.

Toute la difficulté pour ces pays agroexportateurs, défendant ce qu’ils ont érigé en dogme, c’est de donner le change quand ils sont pris en défaut. C’est bien la situation dans laquelle se débat l’Argentine, laquelle, pour limiter les difficultés intérieures et diminuer la pression sur les prix, a pris des mesures "restrictives" pour limiter ses exportations. Ce faisant, elle a pu accentuer la tension sur les prix internationaux.

Pragmatique, le gouvernement argentin a donc utilisé les instruments dont il disposait pour résoudre un problème intérieur, conscient en cela qu’il n’y avait pas d’autre alternative en l’absence d’instruments internationaux. Il est loin d’être le seul gouvernement à avoir tiré ces conclusions.

Mais afficher le pragmatisme sur ce plan, c’est affaiblir la détermination à conclure un nouvel Accord à l’OMC renforçant la libéralisation. La Communauté internationale est restée ferme sur ce point.

Finalement, la déclaration est assez décevante et sans surprise. La Communauté internationale maintient son mercantilisme et utilise la crise des prix alimentaires pour forcer la clôture d’un nouvel accord sur l’agriculture à l’OMC.

Mais elle se veut également "dame patronnesse" au chevet de la pauvreté - qu’elle accroît par ailleurs- en souhaitant multiplier les bonnes actions : refinancer l’aide alimentaire d’urgence, apporter une aide à la balance des paiements pour les pays en difficultés, demander un meilleur soutien des petits agriculteurs.

De fait, quelques paragraphes s’adressent tout particulièrement à un meilleur financement de l’agriculture, ce dont nous nous réjouissons. Mais n’était-ce pas là le moins que l’on pouvait attendre de la FAO et du FIDA dont c’est la fonction depuis leur création respective, 1944 pour la FAO, 1977 pour le FIDA, lequel a été créé suite à la crise alimentaire du début des années septantes ?

La Déclaration



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