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DECLARATION du CNCR SUR LA GOANA et sur le Programme Agricole 2008/2009

Alex Danau, 2 juin 2008
Mots-clés:

Monsieur le Président de la République a lancé le 18 Avril 2008 la GOANA ou « Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance » en présence du gouvernement et de l’administration territoriale.

La GOANA vise à atteindre l’autosuffisance alimentaire à très court terme. Il fixe ainsi des objectifs quantitatifs de production de 500 000 tonnes de riz, 2 000 000 de tonnes de maïs, 3 000 000 de tonnes de manioc, 2 000 000 de tonnes pour les autres céréales, 400 millions de litres de lait et 43 500 tonnes de viande.

Le Président de la République a lancé un appel à la mobilisation de tous les Sénégalais pour la réalisation de ces objectifs.

Le coût de la GOANA a été estimé autour de 344 milliards de francs cfa pour la seule campagne agricole 2008\2009 dont seuls 32 milliards seraient disponibles sur le budget consolidé d’investissement. Ces coûts ne prennent pas en compte la production de lait et de viande, ni les coûts des pluies artificielles et aucune piste claire, n’est dégagée pour combler le gap de 314 milliards.

Les organisations membres du Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux, le Bureau Exécutif et le Conseil d’Administration du CNCR se sont successivement réunis pour analyser la GOANA et définir la position officielle du CNCR par rapport au projet présidentiel.

Le CNCR a toujours soutenu l’idée qu’il fallait des investissements massifs pour le développement de l’agriculture en général et l’autosuffisance alimentaire en particulier.

Le CNCR et l’ensemble de ses membres constatent, encore une fois, que les Autorités de l’Etat, malgré les engagements pris dans le cadre de la loi d’orientation agro-sylvo- pastorale votée en 2004, n’ont pas jugé utile de se concerter avec les principaux acteurs que sont les organisations de producteurs agricoles et ne les ont toujours pas invitées à une concertation après l’annonce du projet. Il leur est donc impossible de se mobiliser suite à l’appel du Président de la république. Ils prennent les Sénégalais à témoin de cette attitude inacceptable de l’Etat et dégagent leur responsabilité quant à l’échec prévisible d’un projet auquel n’ont pas été associés ceux et celles qui cultivent, qui pratiquent l’élevage, la pêche et la foresterie dans ce pays.

Le CNCR et ses membres s’étonnent des objectifs quantitatifs extrêmement ambitieux qui ont été retenus et qu’ils estiment impossibles à atteindre dans les délais fixés. Les expériences et les échecs des programmes spéciaux de production de maïs, de manioc, de sésame et de bissap sont là pour confirmer l’irréalisme de ces objectifs. Les organisations membres du CNCR ont évalué les surfaces agricoles en pluvial et en irrigué, les quantités de semences, d’engrais, de matériel agricole et de produits chimiques nécessaires et les rendements qu’on peut raisonnablement espérer. Elles sont unanimes sur l’impossibilité de réunir les conditions indispensables, à quelques semaines du début de l’hivernage. Elles attirent l’attention de leurs membres sur les risques à prendre des intrants à crédit qui ne pourront être rentabilisés en raison notamment de l’absence de tout schéma de commercialisation des productions.

Le CNCR et ses membres attirent l’attention de l’Etat, des collectivités locales et des Sénégalais sur les risques de spoliations foncières qui pourraient découler d’affectations inconsidérées de terres à des personnes mues par des intérêts autres que le développement de l’agriculture. Contrairement aux discours des autorités de l’Etat, les paysans sénégalais et leurs enfants sont tout à fait capables de transformer et de moderniser l’agriculture du pays si les conditions sont réunies et les moyens nécessaires mis à leur disposition. Ceci n’est pas incompatible avec un développement de l’agriculture entrepreneuriale, et d’unités agro industrielles dans certaines zones et filières agricoles. Mais, ce ne sont pas les ministres, gouverneurs, préfets et autres qui vont cultiver pour nourrir les Sénégalais.

Le CNCR partage le souci de l’Etat et de tous les Sénégalais d’assurer la souveraineté alimentaire. Ceci est une condition incontournable pour lutter contre la pauvreté et amorcer le développement économique et social. Mais cet objectif ne pourra être atteint qu’à moyen et long terme et à condition qu’une grande politique agricole et rurale, élaborée avec l’ensemble des acteurs et, en premier avec les organisations représentatives de l’agriculture et du monde rural, soit mise en œuvre sans précipitation et en faisant appel aux compétences nationales.

Le CNCR a déjà soumis au gouvernement des mémorandums définissant ses propositions en matière de politique agricole. Il a aussi participé activement à l’élaboration de la loi d’orientation agro-sylvo-pastorale. Ce que le CNCR et ses membres demandent à l’Etat, c’est de mettre en œuvre avec diligence cette loi consensuelle. Ce que le CNCR demande c’est que conformément aux articles 24 et 43 de cette loi, le gouvernement s’attelle à l’élaboration participative d’un programme national de développement agricole et d’un programme national de développement de l’élevage.

Ce que le CNCR demande, c’est que le gouvernement s’attelle à l’élaboration participative d’une loi de réforme foncière et d’une politique foncière conformément à l’article 23 de la même loi.

Le CNCR et ses membres sont prêts à s’engager dans ces chantiers au côté de l’Etat et tous les acteurs du développement. Il demande au Président de la république de convoquer de toute urgence, le Conseil supérieur d’orientation agro-sylvo-pastorale prévu dans la LOASP et dont le décret d’application est paru en octobre 2007.

Pour la présente campagne agricole, le CNCR appelle ses organisations membres à s’impliquer à la base avec les institutions du développement agricole pour une forte augmentation de la production agricole.

Au niveau de l’élevage, le CNCR et ses membres pensent que les sujets locaux sont capables d’atteindre les objectifs fixés à moyen et long terme si les contraintes liées à la collecte et à la conservation du lait sont résolues et si les abattoirs nationaux sont réhabilités pour la viande. Ils pensent pour les deux produits qu’il est impératif de régler le problème de l’alimentation du bétail en facilitant l’accès des éleveurs à la terre, aux semences et à l’eau pour la culture fourragère. Il faut également régler le problème du vol du bétail qui constitue un facteur bloquant. La viande blanche peut être d’une contribution certaine à l’atteinte des objectifs.
La pêche doit être prise en compte pour une autosuffisance alimentaire.

Fait à Dakar, le 30 Mai 2008

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