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La chaîne de solidarité caprine

Victoria Spetschinsky, 4 mars 2015
Mots-clés:

Au regard des problèmes de fertilité des sols rencontrés par les producteurs, et fortes d’une première expérience en la matière au Niger, les agricultrices de l’UAW ont souhaité soutenir la CAPAD dans son projet de « Chaîne de solidarité caprine ». En tant qu’agri-agence de la FWA, le CSA a inscrit cette activité dans son programme de soutien de la CAPAD, ce qui a permis de financer le projet.
Pour l’UAW, ce partenariat permet de créer un lien symbolique fort avec la CAPAD et d’améliorer la situation économique des ménages agricoles burundais, en particulier des agricultrices burundaises.

Chaîne de solidarité
Pour répondre aux besoins des producteurs en engrais, la CAPAD a inscrit les « chaines de solidarité » dans son plan d’action 2013-2015. Mais de quoi s’agit-il ?
Une chaîne de solidarité est un don rotatif d’animaux, en l’occurrence de chèvres dans ce cas-ci. Une famille reçoit une chèvre et, lorsque celle-ci met bas, la famille bénéficiaire remet le chevreau à une nouvelle famille, et une chaîne de solidarité est ainsi créée. Après avoir remboursé sa dette la première année, les chevreaux qui naîtront par la suite appartiendront à la famille bénéficiaire.
Dans le cas de la CAPAD, la chaîne de solidarité est initiée au sein des groupements qui composent les coopératives membres de la CAPAD. Cela facilite le suivi et la bonne gestion du don rotatif, qui est assurée par les groupements et coopératives eux-mêmes, le tout étant supervisé par la CAPAD. Une fois que la chaîne a fait le tour d’une coopérative, une chaîne est initiée avec les chevreaux dans une nouvelle coopérative, et ainsi de suite. Les premières coopératives ciblées sont celles situées dans les zones qui rencontrent des problèmes aigus de surexploitation des terres.

Pourquoi des chèvres ?
Les chèvres sont robustes et relativement peu exigeantes en termes de fourrage, et il est estimé que le fumier généré par 3 chèvres permet d’assurer la fertilisation d’une exploitation familiale, à condition que les chèvres soient gardées en stabulation semi-permanente. Par ailleurs, les chèvres additionnelles peuvent être vendues en cas de nécessité, elles constituent ainsi un « crédit-bétail ».

Premier résultats
En mai 2013, c’est 1060 familles membres des coopératives de la CAPAD qui ont chacune reçu une chèvre ! Lors de la distribution, les bénéficiaires se sont engagés par écrit à respecter une série de conditions, notamment de restituer la 1e naissance, de faire soigner la chèvre à ses coûts avec l’aide des agents vétérinaires locaux, de construire une chèvrerie et de disposer d’une compostière à fumier, d’atteindre un troupeau de 3 chèvres et de n’éventuellement vendre que les chèvres additionnelles, etc.
Afin que l’opération soit un succès durable, la CAPAD a pris une série de mesures :
-  Les chèvres distribuées sont toutes locales, bien adaptées aux conditions agro-climatiques afin de limiter les risques de maladie ;
-  Le contrat d’engagement est signé par les deux époux ; en cas de divorce, les chèvres appartiennent au premier signataire, qui est une femme dans 70% des cas ;
-  Des fiches techniques ont été produites et expliquées aux bénéficiaires, afin d’apporter les informations nécessaires concernant l’alimentation des chèvres, la reproduction, les soins de santé et la construction d’une chèvrerie.
-  La CAPAD et l’UAW suivront les résultats des chaines de solidarité initiée, une mission est d’ailleurs prévue dans ce but fin 2013. Par ailleurs, la CAPAD a déjà affirmé sa volonté d’amplifier le processus avec une nouvelle distribution de chèvre l’an prochain.

Suivi - 2013
En novembre 2013, Marianne Streel, présidente de l’UAW, a effectué une mission de suivi du projet au Burundi.
Elle a pu constater que :
- Les chèvres ont été reçues en bonne santé ;
-  Certains coûts étaient à charge des bénéficiaires, à savoir le premier traitement vétérinaire et une contribution à hauteur de 1500 Fbu pour les chèvres et les comprimés, principalement afin d’insister sur le fait que les chèvres ne sont pas un don ;
-  Le financement pour le suivi vétérinaire des chèvres prévu dans le projet n’était pas encore arrivé aux bénéficiaires ;
- De nombreuses demandes ont été faites pour obtenir un nombre supplémentaire de chèvres !

Bénéficiaires d’une des coopératives

Visite d’une famille bénéficiaire du projet

Présentation de l’agriculture wallonne

Suivi - 2014
En 2014, les chèvres ont été octroyées dans les mêmes provinces que précédemment mais dans des coopératives différentes de celles qui en ont bénéficié l’année précédente.
A partir de juin 2014, la campagne de diffusion a débuté. S’il s’agit d’une naissance mâle, celle-ci est vendue par le propriétaire en collaboration avec le comité de la coopérative en vue d’acheter une femelle qui sera remboursée dans la chaîne de solidarité. Le propriétaire peut également s’arranger à trouver une femelle qu’il met dans la diffusion afin qu’il garde le mâle surtout s’il a jugé bon que le mâle puisse devenir géniteur dans la localité. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé dans beaucoup de coopératives qui ont été visitées. A partir du premier lot de 1060 chèvres distribuée en 2013, 829 têtes de chèvre ont été déjà diffusées à partir de juin 2014 auprès de nouveaux bénéficiaires soit 78% du premier lot.
Chèvres dans l’étable d’un membre bénéficiaire

Perspectives d’avenir
En vue de pérenniser l’activité de la chaîne de solidarité, les points suivant doivent être observés avec minutie :
- Assurer un suivi régulier et rigoureux
- Bien organiser les campagnes de transfert/diffusion
- Penser à l’amélioration génétique des caprins distribués par une introduction des boucs améliorateurs
- Augmenter le nombre de chèvres à distribuer afin d’atteindre le maximum possible de bénéficiaires et accélérer la chaîne de solidarité.

Effets et impacts
- La production du fumier est significative car les chèvres sont gardées en stabulation permanente ;
- Les récoltes ont été bonnes pendant la saison 2014 B n’eut été le départ précoce des pluies ;
- Pour la saison 2015 A, la fumure organique a sensiblement augmentée, en témoigne les superficies emblavées dans les différents groupements pré coopératives visités ;
- Un certain nombre d’agriculteurs a acheté une chèvre provenant de la vente de leur production ;
- 1103 nouvelles chèvres ont été distribuées aux nouveaux bénéficiaires ;
- Sur le premier de 1060 chèvres distribuées en 2013, 829 chèvres ont été diffusées en chaîne de solidarité à partir de juin 2014 auprès de nouveaux bénéficiaires ;
- Les chèvres du premier lot sont gestantes pour la deuxième génération.

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